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Qu’est-ce qui vous a amené à devenir inspecteur cachère?

C’est une question très intéressante. Mes antécédents sont probablement différents de ceux de la majorité des Mashgichim (superviseurs cachères). Je vis à Toronto et je travaillais auparavant dans le milieu des affaires. J’ai pendant une trentaine d’années été propriétaire d’un grand laboratoire médical ainsi que d’une chaîne de pharmacies, dont j’ai assuré l’exploitation. Toutefois, malgré le fait que la direction de mes entreprises m’occupait beaucoup, je m’intéressais énormément à la Halakha (l’ensemble des lois guidant les Juifs dans leurs rituels et leur vie quotidienne); je consacrais environ la moitié de mes journées à étudier ces lois! Aussi, lorsqu’en 2017, le rabbin Jaffe m’a proposé de me joindre à l’équipe de MK à titre d’inspecteur cachère, j’ai saisi l’occasion de combiner mes deux principaux champs d’intérêt, les affaires et la Halakha.

 

En quoi consiste le travail d’un inspecteur cachère?

Mon travail consiste à m’assurer que nos clients respectent les règles de la Kashrout – l’ensemble des prescriptions alimentaires du judaïsme. Mon rôle est différent de celui de la plupart des Mashgichim, qui sont des superviseurs et inspecteurs cachères travaillant sur place, au service d’une entreprise donnée. Je suis plutôt un inspecteur itinérant; je suis responsable de l’inspection de toutes les usines certifiées par MK en Ontario et dans l’Ouest canadien; je me rends plusieurs fois par année dans ces établissements. Lorsqu’un nouveau client souhaite obtenir la certification cachère, j’effectue une première visite de son usine et rédige un rapport décrivant en détail les exigences auxquelles il devra répondre en termes de certification et de supervision cachères. Le rabbin Jaffe prend ensuite connaissance de ce rapport, qu’il étudie attentivement. Le rabbin Jaffe est un expert en matière de technologie cachère; sa compétence est reconnue à l’échelle mondiale. C’est une mine de renseignements sur la loi juive. Il formule des commentaires, émet des doutes et me dit combien de fois par année je dois visiter l’usine en question. Je me rends ensuite de nouveau à l’usine, afin de procéder à une inspection approfondie et de documenter toutes mes observations; cette démarche revêt une importance cruciale, car chaque client est unique. Si des problèmes se posent chez un client, j’ai la chance de pouvoir compter sur le rabbin Emanuel, qui est passé maître dans la diplomatie d’entreprise.

 

Que se passe-t-il exactement lors d’une inspection cachère?

Une inspection cachère nous permet de décider si un aliment est ou non préparé dans le respect des règles rigoureuses de la Kashrout. Lorsque j’inspecte une usine, je peux attester la fiabilité de son respect des normes cachères. Il y a trois facteurs importants à prendre en compte lors d’une inspection : les ingrédients, les produits et les processus. Les processus sont très importants. En effet, même si tous les ingrédients qui entrent dans la fabrication d’un produit sont eux-mêmes cachères, il y a aussi des lois très importantes qui régissent la préparation de ce produit; le non-respect de ces règles rend le produit « non cachère ». C’est pourquoi, chaque fois que je rends visite à un client, je vérifie s’il a modifié la liste d’ingrédients des produits ou ses processus de fabrication.

La certification cachère peut rapporter très gros, mais elle implique aussi d’importantes responsabilités. En cas de non-respect des conditions d’un contrat de certification, le contrevenant s’expose à de lourdes pénalités. Dans mon travail d’inspecteur cachère, il est par conséquent crucial d’établir avec mon client une relation fondée sur la confiance et le respect mutuels. Lorsque je me présente chez un client, je dois respecter les statuts et règlements en vigueur dans son entreprise et je m’attends à ce qu’il me dise la vérité. Heureusement, la majorité des clients sont honnêtes et font tout leur possible pour répondre aux exigences qui leur ont été fixées. Il est toutefois certainement possible que des erreurs se produisent; c’est pourquoi il est essentiel que je pose beaucoup de questions et que je vérifie l’ensemble des renseignements que l’on me donne. Je suis heureux d’affirmer que j’entretiens des relations amicales, professionnelles et productives avec presque tous mes clients.

 

Quelle incidence la pandémie de COVID-19 a-t-elle eue sur votre travail?

La COVID-19 a rendu les inspections des usines plus compliquées. Je ne peux plus simplement me présenter à une usine de manière inopinée lors d’un jour ouvrable, sans m’être annoncé au préalable! Toutefois, comme nous avons développé avec nos clients de solides relations fondées sur la confiance, nous avons été autorisés à procéder à des inspections régulières en toute sécurité, malgré la pandémie. En fait, il n’y a que deux clients qui ont demandé que les inspections cachères se fassent de manière virtuelle dans leur établissement. Si une usine doit absolument fermer ses portes à des étrangers pour des raisons de santé et de sécurité, il faut respecter cette décision. Il s’agit d’une toute nouvelle réalité; nous trouvons des façons de nous adapter, tout en nous assurant du respect intégral des lois de la Kashrout.

 

Chaque emploi compte son lot d’avantages et de bizarreries. Avez-vous des histoires amusantes à nous raconter?

L’une des premières fois où j’ai dû me rendre dans l’Ouest canadien pour le travail, on m’a demandé de préparer un tout premier rapport sur une nouvelle vodka cachère, produite en Saskatchewan. Après avoir passé en revue la liste d’ingrédients ainsi que les processus, et après avoir rédigé le rapport, j’ai commencé à parler de l’entreprise avec les membres de l’équipe. Ils savaient que j’avais beaucoup d’expérience, ayant travaillé dans le monde des affaires pendant des années; ils m’ont alors demandé conseil sur un problème commercial qu’ils avaient éprouvé. Pour me remercier, ils m’ont offert une bouteille de vodka. Je leur ai toutefois expliqué que je n’accepte pas de cadeaux de mes clients; de plus, je ne pouvais pas apporter la bouteille avec moi dans l’avion, car je ne voyageais qu’avec des bagages non enregistrés. Alors, imaginez la surprise de ma femme lorsqu’on nous a livré six bouteilles de vodka sur le pas de la porte, à l’improviste; elle ne comprenait pas du tout ce qui se passait! Elle était plutôt étonnée et commençait à se demander ce que je faisais en réalité pour MK! En fin de compte, je me suis senti coupable et j’ai offert les bouteilles à la section torontoise de l’organisation mondiale Agudath Israel, pour son kiddouch hebdomadaire.

 

Quelles sont les idées fausses les plus répandues sur les inspections cachères?

L’idée fausse la plus répandue est qu’en lisant la liste d’ingrédients, il est possible de décider si un produit est cachère ou non. On me dit souvent : « Quel pourrait être le problème? Ce ne sont que des légumineuses dans une boîte de conserve! » En fait, même si les ingrédients que renferme un produit sont 100 % cachères, il est possible que ce produit soit 100 % Treif (non cachère), à cause de la manière dont il est fabriqué. Imaginez une usine où toutes les marmites sont reliées au chauffe-eau et où la même eau circule de marmite en marmite! Ensuite, si cette même usine prépare des aliments cachères et des aliments non cachères, il va y avoir contamination. Ce serait comme essayer de préparer un souper cachère dans une casserole qui n’est pas cachère!


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